Là où chantent les écrevisses, Délia Owens

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Auteur : Délia Owens / Editions : Seuil / Nombre de pages : 480 / Prix : 21,50e

Genre : Contemporain

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « La Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

monavis

Là où chantent les écrevissesQuelle jolie découverte ! Merci aux éditions du Seuil de m’avoir donné l’opportunité de connaître l’histoire fascinante de Kya, la fille des marais, en avant-première. Le résumé m’avait donné envie de découvrir ce récit bien que ce ne soit pas le genre de roman que je lis d’habitude. J’ai bien fait de me laisser tenter. C’était dur parfois, beau aussi. Un mélange d’émotions et de sensations ressenties durant cette lecture qui fait passer de jolis messages. Bref, un petit coup de cœur.

Nous sommes au début des années cinquante en Caroline du Nord. Nous faisons connaissance avec Kya ainsi que sa famille. Tous vivent dans le marais près de Barkley Cove. Cette famille n’a rien de conventionnel. En plus de vivre reculée dans une région marécageuse et sur un terrain envahi par la végétation, la famille de Kya ne se porte pas bien. Kya, ses frères et sœurs, sa mère : tous vivent dans la peur à cause d’un père et d’un mari violent et alcoolique qui leur mène la vie dure. Kya est encore une enfant lorsqu’elle regarde sa mère partir du foyer pour ne jamais revenir. Petit à petit, tous l’abandonne. Ses frères et sœurs partent à leur tour… Et si son père est le dernier à rester avec elle, il finira lui aussi, par la quitter. Commence alors pour Kya une vie où elle va devoir se débrouiller seule, livrée à elle-même dans le marais. La solitude est un poids que la jeune fille va devoir supporter jusqu’à l’apparition de Tate qui va changer la vie de Kya de bien des manières.

Nous suivons une double intrigue dans ce roman. En 1969, un drame a lieu et un jeune homme du nom de Chase Andrews est retrouvé mort dans le marécage. Une enquête commence pour savoir s’il s’agit d’un accident ou d’un meurtre. L’autrice nous embarque dans deux périodes différentes, celle de l’enfance et de l’évolution de la vie de Kya à partir de 1952 et ce terrible accident survenu en 1969. Deux périodes qui finiront par doucement se rejoindre au fur et à mesure que l’on tourne les pages de ce roman qu’il est difficile de lâcher.

L’histoire de Kya est incroyable. Ce personnage est incroyable. Prisonnière de la violence d’un père, prisonnière de la solitude qui va s’abattre sur elle, prisonnière de ce sentiment d’abandon lorsque tout le monde est parti… Prisonnière oui, mais prisonnière qui va tout doucement retrouver la liberté. Sa rencontre avec Tate marquera un tournant dans sa vie. Passionné, attentionné, attentif et tolérant, Tate représente le contraire de tous ces gens de la ville qui jugent ceux qui vivent dans les marais. Pour eux, ce ne sont que des sauvages, des gens sales, des marginaux à qui il ne faut pas adresser la parole. Mais Tate lui, est différent. Il prend Kya sous son aile, lui rend visite très souvent et lui propose même de lui apprendre à lire et à écrire. A ses côtés, Kya va découvrir tant de choses : la lecture, l’écriture mais pas que… Kya va aussi apprendre à aimer et à savoir ce que l’on ressent lorsqu’on a des sentiments  naissants pour quelqu’un. Une découverte du monde mais aussi une découverte d’elle-même. J’ai adoré ce duo de personnage si touchant et si complémentaire. Sauf que Tate va partir lui aussi… Et Kya se retrouve à nouveau seule.

La force de ce roman, c’est Kya. Elle n’a jamais eu d’enfance. Elle a été adulte très tôt. Imaginez une petite fille de sept ans, livrée à elle-même dans le marais avec pour seule habitation une modeste cabane au milieu des marécages, sans revenus pour vivre, sans rien. Sa force de caractère m’a épatée. Elle ne se laisse pas abattre et va trouver des moyens pour pouvoir subvenir à ses besoins en allant pêcher des moules et des poissons qu’elle tentera de vendre en ville en échange d’un peu d’argent, de vêtements, de gaz pour son bateau… Ce personnage ne peut vous laisser indifférent. Elle ne peut que susciter admiration et empathie chez le lecteur. Elle n’a plus de famille. Sa seule famille, c’est le marais et les animaux qui l’entoure.

Car la deuxième force de ce roman, c’est le marais. Le marais, la nature en général, est un personnage à part entière dans ce roman qui je pense, tente de faire passer un message sur la protection de l’environnement. Les descriptions du marais dans ce récit sont justes incroyables. On y est. On voit ce que l’autrice veut nous montrer. On ressent cette atmosphère si particulière et on voit cette nature luxuriante et abondante. Si Kya souffre de solitude, elle peut quand même compter sur les mouettes ou les goélands qui sont devenus ses seuls amis. Si les hommes partent, la nature et les animaux eux, restent fidèles à la jeune fille qui consacrera sa vie à l’étude de son environnement et des êtres vivants qui peuplent le marais.

Si la vie de Kya est parsemée de quelques moments de bonheur, on peut dire que le sort s’acharne sur cette jeune fille qui va aller de déceptions en déceptions. Une autre rencontre va la mener à des situations bien tristes et violentes qui lui apprendront qu’il ne faut pas accorder sa confiance, son corps ou son amour à n’importe qui. Entre départs et retours, l’entourage de Kya nous fait vivre des émotions fortes que l’on ressent en même temps que la jeune fille qui vite, deviendra femme.

Le récit est poétique. La plume de l’autrice envoûtante avec ses descriptions qui nous font voyager loin de chez nous. Quand je dis poétique, ce n’est pas par hasard. Le roman est agrémenté de petits poèmes par-ci par-là qui servent si bien cette histoire et qui nous permettent de mieux comprendre encore ce que ressent Kya. On se sent encore plus proche d’elle. La temporalité du roman, si bien maîtrisée par Délia Owens, fait que l’on s’attache encore davantage à Kya puisqu’on la suit de 1952 jusqu’en en 2009… On suit ce personnage toute sa vie ou presque. Et réussir à faire ça en 480 pages, je trouve ça génial.

Si le rythme du récit est plutôt lent au départ, jamais ça ne m’a dérangée. J’étais dans le marais avec Kya, j’étais inquiète pour elle, puis heureuse, puis triste. Beaucoup d’émotions m’ont traversée durant ma lecture et j’ai terminé Là où chantent les écrevisses à 2h30 du matin, dans mon lit, en larmes. Je n’arrivais même plus à lire, je ne voyais plus rien ahah. J’étais triste de quitter le marais, de quitter Kya. Puis la façon dont l’autrice a clôturé son histoire était juste magnifique. Simple, à l’image de Kya. Mais belle.

Ce roman est sorti aujourd’hui. Je vous conseille fortement d’aller le découvrir. Merci encore aux éditions du Seuil.

Lien du jeu immersif crée autour de Là où chantent les écrevisses !

coupdecoeur

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