Chanson douce, Leïla Slimani

chansonAuteur : Leïla Slimani

Éditions : Gallimard

Nombre de pages : 227

Prix : 18e

Genre : Contemporain, drame

 

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

monavis

Dans son roman, Leïla Slimani attaque très fort dès la première ligne « Le bébé est mort. » Une façon de plonger le lecteur directement au cœur du drame qui a frappé la famille Massé composée de Myriam, son mari Paul et leurs deux enfants, Adam et Mila. L’auteure aborde des sujets importants tels que la relation que des parents très pris par leur travail ont avec ces gens chargés de garder leurs enfants. A travers ce que j’ai perçu comme un thriller psychologique, Leïla Slimani s’intéresse à ce que c’est que d‘être une mère et toutes les angoisses que cela comporte.

Myriam, sans emploi depuis la naissance de ses deux enfants, s’enferme petit à petit dans un quotidien qu’elle ne supporte plus. Elle se laisse vivre, ne prend plus soin d’elle, accepte avec difficulté les crises que ses enfants lui infligent. Avocate en devenir, l’arrivée de Mila et d’Adam a totalement interrompue sa carrière professionnelle qui s’annonçait prometteuse. Paul, son mari, travaille dans un studio de musique et c’est lui qui rapporte l’argent à la maison. La vie de Myriam ne se résume qu’à élever ses enfants et elle n’en peut plus. Mais suite à la rencontre d’un ancien camarade, qui lui, est devenu avocat, Myriam ne rêve que d’une chose, reprendre son travail. Seul problème ? Comment faire pour les enfants ? Le choix de prendre une nounou s’impose directement pour Myriam et Paul, qui après un casting très minutieux, finiront par engager Louise qui semble être la candidate idéale !

J’ai aimé le fait que l’histoire commence directement par un drame, car durant toute ma lecture, j’analysais le récit beaucoup plus qu’à l’ordinaire, essayant de trouver le moindre indice, le moindre signe avant coureur qui poussera cette nounou à commettre l’impensable. Alors que la relation employeurs / employée est censée se construire avec un minimum de distance professionnelle, ce n’est pas le cas ici, au contraire. Louise, au fur et à mesure, s’impose de manière claire et parfois étouffante au sein de cette famille. Mais cette relation n’est pas à sens unique puisque Myriam et Paul se montrent bienveillants, gentils envers Louise, se satisfaisant même des services que leur rend cette dernière. Le couple finit donc, par habitude et par confort, à se laisser chouchouter par Louise qui leur prépare le dîner, qui range leur maison. Louise ne fait pas partie des meubles, mais de la famille, à tel point que le couple décidera même de l’emmener en vacances avec eux.

Le personnage de Louise est très complexe. Certains chapitres du livre nous laissent entrevoir son passé. Un passé de solitude et de souffrance. Entre un mari autoritaire et une fille qui quittera très tôt le foyer, Louise sombre peu à peu dans une dépression dont-elle ne parvient pas à sortir. La rencontre de cette famille sera pour elle un moyen de se l’approprier et faire en sorte que ça devienne la sienne, que les enfants de Myriam deviennent également les siens. Louise m’a souvent fait penser à une version bien plus glauque de Mary Poppins. Rien n’arrive trop vite. La folie de Louise se répand par petites touches au fil du roman et sa personnalité s’assombrit petit à petit. Plusieurs de ses réactions m’ont laissé dans l’incompréhension totale. Son obsession de bien faire témoigne d’un certain abandon de son propre entourage, Louise veut être aimée à tout prix. D’apparence parfaite, Louise est envahissante, dérangeante… mais indispensable. Une dépendance dangereuse s’installe alors.

« Elle semble imperturbable. Elle a le regard d’une femme qui peut tout entendre et tout pardonner. Son visage est comme une mer paisible, dont personne ne pourrait soupçonner les abysses. »

Chanson douce aborde des sujets de société très intéressants. La place de la mère de famille est très importante. Lorsqu’une mère travaille trop, on lui reproche de délaisser ses enfants, et si elle s’occupe trop de ses enfants, elle n’est bonne qu’à être femme au foyer. Autant de contradictions qui nous font nous poser pas mal de questions. Les classes sociales est un thème également abordé. Myriam et Paul font partis des « bourgeois parisiens » et l’idée d’engager une nounou noire de peau ou d’origine étrangère n’est pas négociable. J’ai trouvé ce couple assez égoïste. Ils n’ont pensé qu’à eux et à leur petit confort. Ils ont laissé Louise gagner du terrain dans leur vie au point de ne plus pouvoir s’en séparer même lorsqu’ils trouvaient son comportement étrange. Une négligence qui fait froid dans le dos.

 » La vie est devenue une succession de tâches, d’engagements à remplir, de rendez-vous à ne pas manquer. Myriam et Paul sont débordés. Ils aiment à le répéter comme si cet épuisement était le signe avant-coureur de la réussite. Leur vie déborde, il y a à peine de la place pour le sommeil, aucune pour la contemplation.« 

La plume de Leïla Slimani est incisive. Les phrases sont souvent courtes et percutantes et nous permettent une immersion complète dans cette histoire. Les chapitres sont courts également, ce que j’ai apprécié, j’avais du mal à refermer ce roman.

Ma seule petite déception, c’est la fin. Je reste mitigée, j’aurais voulu en savoir plus.

Chanson douce reste néanmoins un très bon roman. La psychologie des personnages est vraiment poussée en profondeur. Le réalisme qui se dégage de ce livre est effrayant et si vous êtes à la recherche d’une baby-sitter, un conseil, ne lisez-pas Chanson douce !! Le prix qu’a reçu Leïla Slimani pour cette histoire est amplement mérité et je recommande ce roman qui ne laisse pas indifférent !

manote

16 / 20

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5 commentaires sur « Chanson douce, Leïla Slimani »

  1. Moi aussi j’ai lu ce livre il y a un petit moment et je suis tout à fait d’accord avec toi sur bien des points. Moi aussi j’analysais les faits et gestes de Louise pour comprendre ce qui l’avait poussée à faire une chose pareille, elle qui avait pourtant l’air d’adorer les enfants. Pour la fin, j’aurais aimé moi aussi que Leila Slimani développe un peu plus. Néanmoins, elle a une très belle écriture et comme tu le dis, son prix était amplement mérité! C’est d’ailleurs la première fois que je lis un prix Goncourt à travers ce roman ! 🙂
    J’adore ta photo ! Elle est vraiment très jolie ! 🙂

    Aimé par 2 people

  2. Oh, je l’ai lu il y a deux jours ! ^^
    Effectivement, ça ne donne pas envie d’avoir une nounou de suite ! 😉 Mais les employeurs ont également leur rôle dans ce drame.
    Comme toi, j’ai beaucoup aimé ce roman malgré la fin (ça m’a aussi frustrée). Je retrouve assez mon ressenti dans ta critique bien argumentée.

    Aimé par 1 personne

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